Colorimétrie : et si votre couleur préférée était dans votre palette ?
Ana Thoisy
Colorimétrie : et si votre couleur préférée était déjà dans votre palette ?
« J'espère que vous n'allez pas me dire que je dois arrêter le rose. » C'est la phrase que j'entends le plus souvent au début d'un diagnostic colorimétrique, et elle arrive presque toujours avec un petit rire gêné. Derrière la plaisanterie, il y a une vraie inquiétude : celle de repartir avec une liste d'interdits et de devoir renoncer à la couleur qu'on aime depuis toujours.
Bonjour, moi c'est Ana Thoisy, conseillère en image certifiée à Bordeaux. Je vais vous rassurer tout de suite : en plusieurs années de séances, je n'ai quasiment jamais eu à retirer une couleur entière à une cliente. Ce que je fais, c'est autre chose. Je cherche votre version de cette couleur.
Parce que la colorimétrie ne raisonne jamais par familles de couleurs. Elle raisonne par nuances. Et entre le rose poudré, le rose saumon, le vieux rose et le fuchsia électrique, il y a des dizaines de roses différents. Statistiquement, il y en a forcément un qui vous va. Voici comment le trouver.
Votre couleur préférée a peut-être sa place
Pourquoi la colorimétrie n'interdit presque jamais une couleur
L'idée que la colorimétrie serait une liste d'interdictions vient de sa vulgarisation la plus caricaturale : « vous êtes Hiver, oubliez l'orange », « vous êtes Printemps, pas de bleu nuit ». Ces formules sont fausses parce qu'elles confondent une famille de couleurs avec une nuance précise.
Une couleur n'est pas un point, c'est un territoire. L'orange va du corail tendre au brique profond en passant par le terracotta, l'abricot et le potiron. Dire « l'orange ne vous va pas » revient à dire « la musique ne vous plaît pas ». La vraie question est : quel orange, à quelle intensité, à quelle distance de votre visage ?
Dans une séance de drapping, je ne pose donc jamais une seule étoffe par couleur. J'en pose plusieurs, écartées les unes des autres, et j'observe. Neuf fois sur dix, une des versions fait quelque chose de visible sur le teint. Ce moment-là est le plus satisfaisant du métier : la cliente voit sa couleur fétiche fonctionner, alors qu'elle était venue en pensant devoir y renoncer.
C'est exactement l'état d'esprit que je défends dans la colorimétrie, un outil précieux et pas une obligation : une boussole, pas un règlement intérieur.
Les trois réglages qui font votre nuance
Imaginez trois molettes que l'on tourne pour déplacer une couleur dans son territoire. Toute la colorimétrie tient là-dedans, et comprendre ces trois réglages vous rend autonome en boutique.
1. La température : vers le jaune ou vers le bleu
Chaque couleur existe en version chaude et en version froide. Il y a un vert sapin froid et un vert olive chaud, un rouge tomate chaud et un rouge cerise froid, un rose corail chaud et un rose fuchsia froid. Ce réglage doit s'accorder avec votre sous-ton. C'est le premier à vérifier, parce qu'une erreur de température se voit immédiatement sur la peau, sous forme de teint jauni ou grisé.
2. La valeur : plus clair ou plus foncé
C'est la quantité de lumière dans la couleur. Un bleu ciel et un bleu marine sont le même bleu à deux valeurs différentes. Ce réglage doit s'accorder avec la luminosité générale de votre ensemble cheveux, peau et yeux. Une couleur beaucoup plus foncée que vous écrase, une couleur beaucoup plus claire s'efface.
3. La saturation : plus vive ou plus grisée
C'est le niveau de pureté du pigment. Un même vert peut être éclatant comme un feutre ou adouci comme une sauge poussiéreuse. Ce réglage doit s'accorder avec votre niveau de contraste naturel. C'est celui que l'on oublie le plus souvent, alors qu'il explique la majorité des « pourtant j'ai bien pris la bonne couleur, et ça ne va pas ». J'en fais tout un article ici : l'intensité compte autant que la température.
Retenez surtout ceci : ces trois molettes sont indépendantes. Vous pouvez avoir la bonne température et la mauvaise saturation, et le résultat sera raté. C'est pour cela qu'il faut tester plusieurs versions et non deux.
Votre version, couleur par couleur
Voici les repères que je donne le plus souvent en séance, couleur par couleur. Ce sont des points de départ pour orienter vos essais, pas des verdicts.
Le rose
La couleur la plus mal comprise. Le rose poudré nude est en réalité le plus difficile à porter, parce qu'il est très proche de la couleur de peau et manque de définition. Les sous-tons froids trouvent souvent leur bonheur dans un fuchsia franc ou un rose framboise, les sous-tons chauds dans un corail ou un rose saumon. Le comparatif détaillé est ici : rose pastel ou rose saumon.
Le bleu
La couleur la plus universelle, à condition de viser juste. Sous-ton froid : bleu roi, bleu glacier, marine franc. Sous-ton chaud : turquoise, bleu canard, marine légèrement verdi. Le bleu denim mérite une mention particulière parce qu'il change complètement selon son délavage. Le détail saison par saison : choisir la bonne nuance de bleu selon votre saison.
Le vert
Le plus vaste territoire de tous, et donc celui où l'on se trompe le plus. Un vert émeraude froid et un vert kaki chaud n'ont presque rien en commun. Si le vert vous a déçue, vous avez très probablement essayé le mauvais : tous les verts ne vous vont pas, mais le bon si.
Le rouge
Un rouge se lit tout de suite comme chaud ou froid, sans ambiguïté. Le rouge tomate, brique ou coquelicot tire vers l'orangé et va aux sous-tons chauds. Le rouge cerise, framboise ou bordeaux tire vers le bleu et va aux sous-tons froids. C'est la couleur où le réglage de température est le plus lisible pour un œil non entraîné, donc un excellent exercice pour débuter.
Le jaune
La couleur réputée impossible, et pourtant. Un jaune citron froid et un jaune miel chaud ne s'adressent pas du tout aux mêmes profils, et le moutarde est un cas à part. Si vous êtes persuadée que le jaune n'est pas pour vous, essayez au moins les trois avant de conclure : le jaune ne vous va pas, ou juste la mauvaise nuance.
Le violet
Attention au piège du mauve poussiéreux, qui redouble la couleur naturelle des cernes. Préférez soit un prune profond et net, soit un lilas franc et lumineux. Les entre-deux grisés sont rarement les plus flatteurs.
La méthode des trois échantillons en boutique
Voici le protocole que je conseille à mes clientes pour tester une couleur seules, sans matériel. Il tient en cinq minutes et il évite la plupart des achats regrettés.
- Choisissez trois versions bien écartées de la même couleur dans le rayon. Pas trois nuances voisines : une claire, une moyenne, une foncée, ou une chaude, une neutre, une froide. L'œil ne perçoit que les écarts.
- Trouvez la lumière du jour. Approchez-vous d'une vitrine ou sortez sur le pas de la porte. Les néons de cabine faussent la température et les spots chauds réchauffent artificiellement tout ce qu'ils éclairent.
- Posez les tissus sous le menton, l'un après l'autre, sans pause. Le visage dégagé, les épaules détendues. Ne les tenez jamais à côté de votre visage, mais bien dessous, comme le ferait un col.
- Regardez votre visage, jamais le tissu. Les yeux d'abord, puis le dessous des yeux, puis le pourtour de la bouche. La bonne nuance rend le regard plus net et le teint plus homogène.
- Éliminez, ne choisissez pas. Il est bien plus facile de désigner celle qui vous éteint que celle qui vous va. Écartez la plus mauvaise, puis recommencez entre les deux restantes.
Un conseil supplémentaire : faites ce test sans maquillage au moins une fois, pour connaître votre vraie base. Vous pourrez ensuite ajouter le maquillage en sachant ce qu'il compense.
Et si la couleur ne fonctionne à aucune nuance ?
Cela arrive, rarement, et ce n'est pas dramatique. Deux cas de figure se présentent.
Premier cas : c'est près du visage que ça bloque. Alors descendez-la. Une jupe, un pantalon, un sac, des chaussures, une doublure de veste : votre couleur reste dans votre vie et dans votre garde-robe, elle change simplement de place. Cette solution résout à elle seule la grande majorité des situations, parce que seule la couleur située à moins de vingt centimètres du visage se reflète sur la peau.
Second cas : vous aimez la couleur mais elle ne vous ressemble pas. Il arrive qu'on adore une couleur pour ce qu'elle représente, sans avoir envie de la porter. C'est une information utile, pas un échec. On peut la garder pour la décoration, pour les accessoires, pour un vernis. Une couleur qu'on aime n'a pas d'obligation de résultat.
Dans tous les cas, gardez cette idée en tête : personne ne doit vous imposer une palette contre votre goût. Le sujet est développé dans gardez vos couleurs préférées, vraiment.
Le cas de Camille, fidèle au rose depuis toujours
Camille est venue pour un rendez-vous Colorimétrie avec une seule vraie question, posée dès les premières minutes : est-ce qu'elle allait devoir arrêter le rose ? C'était sa couleur depuis l'enfance. Elle en avait dans tout son dressing, et elle sentait bien que certaines pièces la mettaient en valeur et d'autres pas du tout, sans savoir faire la différence.
Nous avons posé quatre roses à la suite. Le rose poudré, celui de son pull préféré, éteignait son teint et brouillait la limite entre le vêtement et la peau. Le vieux rose grisé faisait ressortir ses cernes. Le rose corail, chaud, jaunissait légèrement son visage. Puis nous avons posé un rose framboise franc, et tout s'est remis en place : les yeux ont pris de l'intensité, le teint s'est unifié, la mâchoire s'est adoucie. Sous-ton froid, contraste moyen, saturation soutenue.
Elle n'a rien jeté et rien acheté dans la foulée. Elle a simplement redescendu ses roses poudrés en bas de silhouette, gardé les vieux roses pour ses foulards portés sur une base foncée, et su exactement quel rayon viser à sa prochaine sortie shopping. Sa couleur préférée est restée sa couleur préférée. Elle sait juste laquelle prendre.
« Ana m'a aidée à trier, à apprivoiser mes formes, créer des outfits, tout en respectant mon style, sans inciter à l'achat mais en s'appuyant sur mes propres tenues. »
Gaelle L., avis Google 5 étoiles
Vos questions fréquentes
La colorimétrie interdit-elle des couleurs ?
Non, et c'est le contresens le plus répandu. Un diagnostic ne supprime pas des familles de couleurs, il désigne les nuances qui vous mettent en valeur à l'intérieur de chaque famille. Vous ne repartez pas avec une liste de choses interdites mais avec une liste de choses à viser, ce qui est très différent au moment de faire les boutiques. Et rien ne vous empêche de porter ce que vous aimez : vous saurez simplement comment le placer.
Ma couleur préférée n'est pas dans ma palette, que faire ?
Commencez par vérifier que c'est bien toute la couleur qui pose problème, et pas seulement la nuance que vous possédez. Si c'est confirmé, appliquez la règle de la distance : descendez-la sous la taille, ou gardez-la en accessoire éloigné du visage. Vous pouvez aussi l'utiliser près du visage en intercalant un foulard ou un col dans une couleur de votre palette. Renoncer n'est jamais la première option.
Comment trouver la bonne nuance de ma couleur préférée ?
Testez trois versions bien écartées les unes des autres, en lumière du jour, posées sous le menton. Regardez vos yeux et le dessous de vos yeux plutôt que le tissu. Puis éliminez la plus mauvaise et recommencez entre les deux restantes. En trois comparaisons, vous aurez une réponse fiable, à condition de ne jamais juger une nuance seule et de toujours comparer.
Deux personnes peuvent-elles aimer la même couleur et devoir la porter différemment ?
Absolument, et c'est même la règle. Deux femmes qui adorent le vert porteront l'une un émeraude froid et vif, l'autre un kaki chaud et doux, et l'inverse ne fonctionnerait pour aucune des deux. C'est pour cela que se fier au vert d'une amie, d'une influenceuse ou d'une célébrité ne marche pas : la nuance juste dépend de votre sous-ton, de votre valeur et de votre contraste.
Faut-il refaire son diagnostic après un changement de couleur de cheveux ?
Pas nécessairement, mais il faut réajuster. Votre sous-ton de peau, lui, ne change pas : la température de vos nuances reste valable à vie. En revanche, un passage du blond au brun modifie votre valeur et votre contraste, donc les réglages de luminosité et de saturation. Concrètement, vos couleurs restent les mêmes, mais vous pourrez les porter plus soutenues ou plus douces.
Le dossier Colorimétrie prend-il en compte mes couleurs préférées ?
Oui, et je vous encourage à me les indiquer au moment de la réservation. Le dossier écrit seul est à 29 € et vous recevez votre palette personnelle sous 48 h. Le dossier accompagné d'un rendez-vous d'une heure est à 98 €, en visio ou en présentiel à Bordeaux, et c'est le format que je conseille quand vous avez une couleur précise à faire trancher : nous la testons en direct.
Combien de couleurs contient une palette personnelle ?
Bien plus que ce que les gens imaginent. Une palette de saison couvre l'ensemble du cercle chromatique, avec pour chaque famille les versions qui vous correspondent, plus vos neutres et vos métaux. On ne travaille jamais avec une poignée de teintes autorisées : on travaille avec une orientation par famille, ce qui laisse une immense liberté au quotidien.
Ce qu'il faut retenir
Votre couleur préférée n'est pas votre ennemie, et la colorimétrie n'est pas là pour vous la retirer. Elle est là pour vous dire laquelle des dizaines de versions existantes fait chanter votre visage. Trois réglages suffisent à parcourir tout ce territoire : la température, la valeur et la saturation. Une fois que vous les avez en tête, vous devenez capable de trier un rayon entier en quelques secondes.
Et si vous ne deviez retenir qu'une chose, que ce soit celle-ci : ne jugez jamais une couleur sur un seul essai. Le pull qui vous a fait croire que le vert ne vous allait pas était peut-être simplement le mauvais vert. Testez, comparez, éliminez. La bonne nuance existe presque toujours.
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