Morphologie en A : pantalons à éviter et alternatives qui flattent
Ana Thoisy
Morphologie en A : les pantalons à éviter et les alternatives qui flattent
Il y a un moment que je connais bien en séance shopping : celui où une cliente sort de cabine, se regarde et me dit « je ne sais pas, ça ne va pas ». Elle a presque toujours raison, et elle attribue presque toujours le problème à son corps alors qu'il vient de trois centimètres de tissu mal placés.
Moi c'est Ana Thoisy, conseillère en image à Bordeaux. Cet article est construit en paires : à chaque coupe de pantalon qui dessert une morphologie en A, j'associe la contre-proposition qui produit l'effet inverse. Rappel express : en morphologie en A, la largeur de vos hanches dépasse celle de vos épaules, et la taille est en général nettement marquée.
Un mot sur le ton avant de commencer. Je ne parle jamais de défaut à corriger ni de zone à camoufler. Un pantalon « à éviter » est simplement un pantalon qui souligne l'écart de proportions au lieu de le calmer. Rien de plus, et rien de personnel.
La règle unique qui explique tous les cas
Avant les six paires, une seule idée à retenir, parce qu'elle rend tout le reste évident. Sur une morphologie en A, un pantalon pose problème dans exactement deux situations : quand il ajoute de la matière au niveau de la hanche, et quand il rétrécit avant d'arriver au sol.
Le premier cas est facile à comprendre : pinces, fronces, poches en relief, tissus qui gonflent construisent du volume pile sur le point le plus large. Le second est plus subtil. Quand une jambe se resserre en cours de route, elle crée un point de comparaison, et l'œil met automatiquement en rapport le point le plus étroit avec le point le plus large. La différence entre les deux devient alors le sujet de la silhouette.
Toutes les coupes qui suivent tombent dans l'une de ces catégories, parfois les deux. Et toutes les alternatives font l'inverse : devant lisse, tissu à tombé, jambe qui ne se rétrécit jamais. Si vous ne retenez que ça, vous saurez trier un portant entier en trente secondes.
Cette logique est la déclinaison, sur le bas du corps, du principe général que je détaille dans ma méthode pour rééquilibrer une morphologie en A.
Six coupes qui desservent, et leur remplaçante
1. Le fuseau, à remplacer par le droit fluide
Le fuseau est près du corps de la taille jusqu'à la cheville, souvent avec un sous-pied ou un bord élastique. Sur une morphologie en A, il cumule les deux défauts : il épouse la hanche sans rien apporter, et il termine sur une cheville très serrée qui fait de la hanche le point le plus large de toute la ligne, sans concurrence.
À la place : le pantalon droit fluide. Il part de la hanche et descend en ligne droite jusqu'au sol, sans jamais se rétrécir. Le tissu tombe depuis le point le plus large et laisse tranquille tout ce qui se trouve dessous. C'est la coupe que je recommande le plus souvent en première intention, avant même le wide leg.
2. Le carotte, à remplacer par le wide leg
Le carotte est large en haut et resserré en bas. C'est très exactement la forme inverse de celle qu'on recherche : il empile un volume sur la hanche et une jambe étroite en dessous, ce qui donne à la silhouette la forme d'un triangle posé sur un triangle. Le sujet mérite un article entier, je l'ai écrit : pantalon carotte et morphologie en A.
À la place : le wide leg. Même générosité de tissu, mais répartie dans l'autre sens. La jambe reste large jusqu'en bas, ce qui donne au bassin un contexte visuel au lieu de le laisser seul. Le wide leg est mon allié numéro un sur cette morphologie, et le palazzo en est la version la plus fluide.
Volume en haut, cheville étroite : la forme du pantalon reprend celle de la silhouette au lieu de lui répondre.
3. Le slim arrêté à mi-mollet, à remplacer par la longueur pleine
Ce n'est pas le slim en lui-même qui pose problème, c'est sa longueur. Un slim qui s'interrompt au milieu du mollet coupe la jambe à son deuxième point le plus large et raccourcit toute la ligne. Résultat, une silhouette tassée dans laquelle le bassin occupe proportionnellement plus de place.
À la place : une longueur qui va au bout. Soit le pantalon frôle le sol, soit il s'arrête net à l'os de la cheville en dégageant le pied. Si vous tenez à une coupe ajustée, gardez-la et faites-la ourler à la bonne hauteur : c'est un ajustement à quelques euros qui change plus de choses qu'un changement de modèle.
4. Les poches plaquées posées sur la hanche, à remplacer par les poches fendues
Une poche plaquée est cousue par-dessus le tissu : elle crée une épaisseur, une couture visible et souvent un léger bâillement, exactement au niveau du bassin. Même chose pour les rabats et les poches cargo placées haut sur la cuisse.
À la place : les poches fendues, les poches italiennes bien cousues, ou pas de poche du tout. Une poche intégrée dans la couture ne se voit pas et n'épaissit rien. Vérifiez juste qu'elle ne bâille pas quand vous êtes debout : une poche qui s'ouvre signale du volume, même quand ce volume n'est que celui du tissu. À l'arrière, en revanche, les poches sont vos amies, et je détaille pourquoi dans l'article sur les poches arrière.
5. Le stretch très moulant, à remplacer par un tissu à tombé
Un tissu très élastique fait une chose et une seule : il épouse la forme qu'il rencontre et la restitue à l'identique, ce qui revient à dessiner la hanche au trait. Ce n'est pas une question de largeur : deux pantalons de même taille sur l'étiquette, l'un fluide et l'autre en jersey, produisent des effets opposés.
À la place : une matière qui a du poids et du tombé. Gabardine, twill, crêpe épais, lin lourd, laine froide, denim non extensible ou faiblement extensible. Le test en boutique tient en un geste : prenez le tissu entre deux doigts et laissez-le retomber. S'il retombe à la verticale, il travaille pour vous. S'il reste plaqué contre votre main, il moulera.
Un tissu très élastique restitue la forme qu'il rencontre. Le test des deux doigts se fait avant même la cabine.
6. Les pinces et les fronces à la ceinture, à remplacer par le devant lisse
Les pinces sont des plis cousus sur le devant, à hauteur de ceinture. Sur beaucoup de morphologies elles sont très élégantes. Sur une A, elles s'ouvrent légèrement dès que le tissu est mis sous tension par la hanche, et cette ouverture attire l'œil précisément là. Les fronces produisent le même effet, en plus généreux.
À la place : un devant parfaitement lisse. Ceinture plate, montage sans pli, éventuellement une taille élastiquée à l'arrière seulement pour le confort. C'est un critère très facile à vérifier sur cintre, avant même d'essayer. Une nuance tout de même : une pince profonde, bien cousue et posée sur un tissu lourd peut parfaitement fonctionner, parce qu'elle ne bâille pas. Ce qui pose problème, c'est la pince qui s'ouvre, pas la pince en soi.
Le récapitulatif à emporter en boutique
Les six paires, condensées. Je conseille de garder cette liste en photo dans son téléphone les premières semaines, le temps que le réflexe s'installe.
- Fuseau devient droit fluide : la jambe ne se rétrécit plus.
- Carotte devient wide leg : le volume descend au lieu de rester sur la hanche.
- Slim mi-mollet devient longueur pleine ou cheville dégagée : la jambe va jusqu'au bout.
- Poches plaquées sur la hanche devient poches fendues ou sans poche : plus d'épaisseur ajoutée.
- Stretch moulant devient tissu à tombé : le vêtement descend, il n'épouse plus.
- Pinces et fronces devient devant lisse : rien ne bâille à la ceinture.
Plusieurs de ces remplacements réunis sur une seule pièce : devant plat, denim à tombé, jambe qui ne se rétrécit à aucun moment.
Aucun de ces remplacements ne demande de sacrifice de style. Le droit fluide existe en version chic comme décontractée, en lin l'été et en laine l'hiver ; le wide leg se porte en tailleur comme en jean. Il ne s'agit jamais de renoncer à ce que vous aimez, seulement de choisir la version qui joue dans votre camp.
Le test du portant, avant même la cabine
Le meilleur tri se fait debout devant le portant, cintre en main, sans se déshabiller. Voici les quatre gestes que je fais systématiquement en séance shopping, dans l'ordre, en moins d'une minute par modèle.
Geste 1 : regarder le devant de la taille. Pinces, fronces, superposition de tissu ? Reposez. Devant lisse ? On continue.
Geste 2 : suivre la jambe du regard, de la hanche vers le bas. Est-ce qu'elle s'élargit, reste constante, ou se rétrécit ? Les deux premiers cas passent, le troisième non.
Geste 3 : pincer le tissu et le relâcher. S'il retombe droit, il a du tombé. S'il reste froissé ou plaqué, il moulera.
Geste 4 : vérifier les poches de face. Plaquées, à rabat, cargo placées haut ? Reposez. Fendues ou absentes ? Emportez en cabine.
Sur un portant de vingt pantalons, ce filtre en laisse trois ou quatre. C'est peu, et c'est tout l'intérêt : vingt minutes en cabine au lieu de deux heures, et vous ressortez avec quelque chose. La hauteur de taille se règle ensuite, en essayant, et mon article sur taille haute ou taille moyenne explique comment trancher.
Le cas de Nadia, morphologie en A
Nadia m'a contactée pour un tri de dressing après un déménagement. En vidant ses cartons, elle avait compté onze pantalons dont elle n'en portait que trois. Les huit autres lui laissaient la même impression vague de « ça ne tombe pas bien », sans qu'elle sache dire pourquoi.
On les a étalés sur le lit et on les a triés avec la grille ci-dessus. Le verdict a été net : sept des huit délaissés avaient des pinces ou des fronces à la ceinture, et cinq se resserraient en bas. Les trois qu'elle portait tous les jours, sans y avoir jamais réfléchi, étaient un droit en gabardine, un wide leg en crêpe et un jean bootcut. Nadia avait trouvé sa règle toute seule, à l'usage, sans jamais pouvoir la formuler.
Mettre des mots dessus a tout changé pour la suite. Elle a fait retoucher deux pantalons qui tombaient à mi-mollet, donné les cinq restants, et surtout arrêté de racheter les mêmes erreurs. Six mois plus tard, sa garde-robe de bas tient en six pièces qu'elle porte toutes.
« Anael est une incroyable passionnée du style et de la mise en valeur de soi. Elle sait nous apprendre à souligner nos atouts, et éviter ce qui ne nous va pas. On ressort de ses séances plein de conseils en tête. »
Mathilde A., avis Google 5 étoiles
Vos questions fréquentes
Quels pantalons éviter quand on a une morphologie en A ?
Six familles reviennent systématiquement : le fuseau, le carotte, le slim arrêté à mi-mollet, les modèles à poches plaquées ou cargo posées sur la hanche, les tissus très extensibles qui moulent, et les montages à pinces ou à fronces qui bâillent à la ceinture. Le point commun de ces six : ils ajoutent du relief sur le bassin ou rétrécissent la jambe avant le sol.
Le pantalon à pinces est-il vraiment déconseillé en morphologie A ?
Pas dans l'absolu. Ce qui pose problème, c'est la pince qui s'ouvre, pas la pince en tant que telle. Une pince profonde, bien cousue, sur un tissu lourd qui ne bâille pas peut très bien fonctionner et donner même une jolie allure tailleur. Le test est simple : mettez-vous debout, bras le long du corps, et regardez la ceinture de face. Si les pinces restent fermées et à plat, gardez le pantalon.
Peut-on porter un slim quand on a une morphologie en A ?
Oui, à deux conditions. D'abord la longueur : le slim doit descendre jusqu'à l'os de la cheville ou plus bas, jamais s'arrêter au mollet. Ensuite l'équilibre du haut : porté avec un haut ample, une veste structurée ou un pull volumineux, il devient une simple ligne verticale et fonctionne très bien. C'est seul, avec un t-shirt fin et sombre, qu'il concentre toute l'attention sur le bas.
Quelle matière de pantalon choisir pour une morphologie en A ?
Cherchez du poids et du tombé : gabardine, twill, crêpe épais, lin lourd, laine froide, denim peu extensible. Ces matières descendent depuis le point le plus large au lieu d'épouser la ligne du corps. À l'inverse, les jerseys fins, les tissus très élastiques et les satins brillants soulignent chaque courbe. Le test du pincement, prendre le tissu entre deux doigts et le relâcher, tranche en une seconde.
Les poches sur les côtés grossissent-elles vraiment les hanches ?
Les poches plaquées et les poches à rabat, oui, parce qu'elles ajoutent une épaisseur réelle de tissu plus une couture visible sur le point le plus large. Les poches fendues dans la couture, non, à condition qu'elles ne bâillent pas quand vous êtes debout. Une poche qui s'ouvre envoie exactement le même signal visuel qu'un volume, même si elle est vide.
Faut-il forcément une taille haute quand on a une morphologie en A ?
Non, tout dépend d'où se situe votre taille naturelle. Si elle est haute, proche de la poitrine, une taille haute risque de tasser le buste : préférez une taille dite normale. Si votre taille est plus basse, la taille haute allonge magnifiquement la jambe. Le critère qui compte vraiment est ailleurs : quelle que soit la hauteur choisie, le devant doit rester lisse.
Comment savoir en boutique si un pantalon va m'aller ?
Faites le test du portant avant la cabine : devant de taille lisse, jambe qui ne se rétrécit pas, tissu qui retombe droit quand on le relâche, poches fendues ou absentes. Quatre vérifications, moins d'une minute. En cabine, reculez ensuite de deux pas et plissez les yeux : si votre regard se pose sur le visage plutôt que sur le bassin, c'est le bon.
Ce qu'il faut retenir
Aucun de ces six pantalons n'est un mauvais pantalon : le fuseau, le carotte et le slim sublimeront d'autres silhouettes. Sur une morphologie en A, ils partagent simplement une caractéristique qui joue contre vous, créer du relief sur la hanche ou rétrécir la jambe avant le sol.
La bonne nouvelle, c'est que chaque remplacement se fait à style égal : vous ne renoncez à rien, vous changez de version. Et une fois les quatre gestes du portant devenus automatiques, vous trierez un rayon entier plus vite que n'importe quel conseil lu sur Internet, celui-ci compris.
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